Le Parlement, symbole de la démocratie
Quelle perception les citoyens ont-ils de l’institution parlementaire ? C’est la question que le Gévipar a posée le 26 septembre dernier à trois spécialistes des sondages.
Après avoir constaté une lente dégradation de l’opinion – majoritairement positive au milieu des années quatre-vingt-dix – Pierre Lefébure (Maître de conférences en sciences politiques à Science Po Bordeaux) distingue les taux des opinions, défavorables dans les pays du Sud (Italie, Espagne, Portugal) et favorables dans les pays du Nord (Pays-Bas, Suède, Danemark). En France, le taux de méfiance – de l’ordre de 58 % envers les députés – s’oppose à la confiance massive que les Fançais ont envers leur maire. Les élus régionaux bénéficient en effet d’une opinion très favorable : 70 % pour les maires et 65 % pour les élus départementaux. Cette confiance est au moins égale, voire supérieure pour l’institution concernée : conseil municipal, régional, etc. Ce n’est pas le cas de l’Assemblée nationale pour laquelle la défiance atteint 64 %.
Une des motivations sous-jacentes de cette opinion défavorable est le cumul des mandats qui est fortement critiqué. Cependant, les exigences exprimées par l’opinion envers les élus concernent l’ancrage dans leur circonscription. Le cumul des mandats est donc une question qui implique de fortes ambivalences, car les maires sont les plus proches et les mieux connus de leurs administrés.
Ceci tient à la méconnaissance du travail législatif des parlementaires, les élus se faisant connaître uniquement par leur activité locale. Au niveau national, la notoriété des élus ne passe que par les images des questions au gouvernement transmises à la télévision. À ce sujet, Frédéric Dabi (Directeur du département opinion de l’Ifop) parle d’un grave déficit d’exemplarité. Il met en cause le comportement des élus à l’Assemblée et la profonde dévalorisation de leur travail qui en est la conséquence.
Autre méconnaissance, celle de la rémunération des élus. Seuls 28 % des Français situent le salaire des députés dans la bonne fourchette (4 000 à 6 000 €). Près de 20 % imaginent qu’un député perçoit plus de 10 000 € et, parmi ceux-ci, 10 % plus de 20 000 € ! Ceci entraîne une profonde critique qualitative, les élus nationaux étant ressentis comme faisant partie des « gros », avec des avantages en nature, un train de vie et un salaire surestimés.
Pour autant, l’institution elle-même, (Assemblée nationale et Sénat) bénéficie d’un fort attachement, comme symbole de la démocratie. Elle est considérée comme le lieu de l’expression de la pluralité, une instance de débat et un véritable contre-pouvoir.
Mais le Parlement est aussi la cible de très fortes critiques. Il est jugé lointain, élitiste, opaque. Ces critiques à l’égard de l’institution se répercutent sur la perception des parlementaires. Ceux-ci sont taxés d’élitisme, d’absentéisme, etc.
Il est à noter que ces critiques ont toujours existé, mais qu’elles ne se limitent plus maintenant aux membres des classes populaires, mais se propagent jusque dans les classes moyennes, voire supérieures.
Au total, les Français manifestent un profond attachement aux principes républicains, mais ont une forte attente d’information. S’ils sont 38 % à faire confiance à leur député, 53 % avouent ne pas connaître son nom ! Malgré toutes les critiques adressées à l’institution, on constate donc un intense manque de lisibilité mais certainement pas d’antiparlementarisme !
La responsable – de 1994 à 2010 – des enquêtes Eurobaromètre, Anna Melich, nous le dit tout de go : pour les citoyens des 27 pays membres, le Parlement européen représente le symbole de la démocratie. Il bénéficie d’une confiance nettement supérieure à celle donnée aux autres institutions européennes et aux parlements locaux (sauf au nord de l’Europe). Bien que pour certains il soit méconnu (51 %) et inefficace (38 %), il n’en est pas moins considéré comme à l’écoute des citoyens (38 %), dynamique (40 %) et – surtout – démocratique pour 63 % des Européens.
Claudine Couture
Europe et lobbies
L’article que j’aurais voulu écrire !!! Merci Jean !
Pour corrompre, il faut être deux. Un corrupteur et un corrompu. Et les deux sont condamnables. Le journal britannique Sunday Times vient d’en faire la démonstration. Dans son édition du 20 mars (article payant), ce journal dominical révèle que plusieurs de ses journalistes se sont fait passer pour des lobbyistes et ont acheté les services de trois députés européens : en échange de sommes allant de 12.000 à100.000 euros, ceux-ci ont accepté de déposer des propositions d’amendements à des projets de législation. Parmi ces élus, deux ont déjà démissionné : Ernst Strasser, ancien ministre autrichien de l’Intérieur (PPE, droite), et Zoran Thaler, ancien ministre slovène des Affaires étrangères (PSE) et dont la fiche a déjà disparue du site du Parlement. Seul le Roumain Adrian Séverin, ancien vice premier ministre socialiste, s’accroche encore à son poste même s’il a été éjecté du groupe socialiste.
Le Parlement européen et l’Olaf, l’organisme de lutte anti-fraude de l’Union, ont ouvert une enquête. Mais ce dernier s’est fait éjecter du Parlement, l’institution estimant que l’Office n’a pas compétence pour enquêter sur des élus… Il semblerait que d’autres députés européens soient impliqués dans ces tentatives de corruption, même si leurs noms n’ont pas encore été révélés.
Beaucoup d’entre vous m’ont demandé pourquoi je n’avais pas immédiatement fait un article vengeur, dénonçant ces députés corrompus. Tout simplement parce que les méthodes employées par ce journal britannique me mettent pour le moins mal à l’aise, et c’est une litote. Car, pour piéger des élus (ou n’importe qui), ces « journalistes » n’ont pas hésité à violer la loi. Ainsi, en France, il est interdit de provoquer un délit, à la différence de ce qui se passe aux États-Unis : un policier, par exemple, ne peut pas vendre de la drogue. Pourquoi ? Parce que sans lui, le délit n’aurait pas été commis. En outre, le policier commet lui-même un délit… Toujours en droit français, certaines provocations sont en elles-mêmes des délits (comme la provocation à la haine raciale, à l’émeute ou au meurtre). Certaines provocations policières, en revanche, sont admises en Belgique.
Mais les journalistes ne sont pas des policiers. Dans le cas d’espèce, les journalistes se sont rendus coupables de corruption ou de tentative de corruption, ce qui devrait suffire à rendre les éventuelles poursuites contre les députés corrompus irrecevables et pourrait en revanche autoriser des poursuites contre eux. L’infraction ayant été commise en Belgique, c’est le droit belge qui s’applique.
Je n’aime pas non plus ces méthodes où le journaliste s’érige à la fois en policier (en Grande-Bretagne, les journaux n’hésitent pas à pratiquer des écoutes illégales) et en juge sans respecter à aucun moment les droits de la défense. Enquêter sur des cas de corruption, ce n’est pas les provoquer en jouant au serpent du jardin d’Éden… Le Sunday Times avait déjà employé la même méthode pour piéger un fonctionnaire de la Commission, il y a deux ans, en faisant passer ses journalistes pour des hommes d’affaires chinois.
En France, la déontologie journalistique interdit à juste titre ces pratiques : un journaliste ne peut pas se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Il enquête à visage découvert sur la réalité. Provoquer une information n’est pas de l’information, mais de la manipulation puisque sans lui rien ne se serait produit…
Je ne cherche évidemment pas à excuser ces trois députés dont le comportement est inqualifiable (je m’étonne au passage qu’aucun député britannique n’ait été testé…). La corruption existe et pas seulement à Bruxelles et il appartient à la police, à la justice, aux diverses institutions et à la presse de la débusquer. Mais, les journalistes n’ont pas à se substituer à la police ou à la justice. Bref, que ces trois ripoux soient tombés me réjouit, mais les méthodes du Sunday Times me donnent la nausée.