Guy Rossi-Landi

Un procès pour rien

 

En France, le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir politique. On le savait, mais il est toujours bon d’en avoir confirmation. Dans l’affaire Chirac, les magistrats n’ont pas suivi le procureur qui demandait la relaxe. On ne peut que s’en réjouir pour le fonctionnement de la justice.
Mais c’est vraiment le seul motif de satisfaction que procure l’arrêt qui vient de condamner – symboliquement – l’ancien président de la République à deux ans de prison avec sursis. Dira-t-on que la morale y trouve son compte ? Pas vraiment : à l’époque des faits incriminés, tous les partis fonctionnaient avec des moyens de fortune. Le Pc vivait en partie des cotisations versées par des employés municipaux pléthoriques ; le Ps avait ses propres bureaux d’étude (on se souvient de l’affaire Urba), etc. Que la ville de Paris ait financé le Rpr, nul n’en doute. Mais les contribuables lésés ont été, depuis, remboursés Tout soupçon d’un enrichissement personnel du maire a été écarté.
L’autre gêne ressentie vient des délais considérables entre les faits, commis dans les années quatre-vingt, et le jugement prononcé en 2011, trente ans plus tard, et qui sanctionne un vieil homme diminué. On éprouvait déjà un peu le même malaise lors du procès de Maurice Papon, infiniment moins sympathique au demeurant et jugé pour des crimes contre l’humanité, déclarés imprescriptibles. Ce qui n’est évidemment pas le cas de l’abus de confiance, du détournement de fonds publics, de la prise illégale d’intérêts.
Mais le statut du chef de l’État ne permet pas de le juger quand il est en fonction, de sorte que les douze années du mandat présidentiel ont bloqué la procédure et retardé le dénouement. Il y a là une anomalie juridique à laquelle il faudrait remédier.
Fort heureusement, on n’a pas jugé François Mitterrand pour abus de biens sociaux, alors que l’État logeait gracieusement sa maîtresse et sa fille. Même si on n’approuve pas leur politique, nous devons a priori à nos présidents une certaine considération. Quand la justice vient nous démontrer qu’ils ne la méritent pas, c’est à la démocratie qu’elle risque de porter atteinte.

 

 

 

 

Homme libre, toujours tu haïras la plage !

Aimer la mer, pourquoi pas, d’huile ou déchaînée, mais au grand large !

La plage concentre en effet tous les fléaux imaginables, naturels ou culturels.
On peine à hiérarchiser les fléaux naturels :
• l’eau, glacée (ou inversement si chaude sous les tropiques, qu’elle ne peut pas même rafraîchir) ; opaque ; violente, généreuse en vagues déferlantes et giflantes qui te renversent et qui t’assomment…
• le sel • peut-être le pire, qui enflamme la moindre de tes cicatrices et te colle à la peau ;
• le sable, aussi impossible à éliminer que le sel, malgré les quantités d’eau douce (la bien nommée !) que tu gaspilles pour t’en débarrasser, ce qui contribue à l’assèchement de la planète ;
• le vent, toujours violent sur les rivages, qui t’empêche de lire tranquillement ton journal, et augmente la quantité de sable que tu ingurgites ;
• le soleil, qui t’aveugle et te brûle • ou parfois disparaît te laissant la proie du vent et des éléments déchaînés ; c’est en vain que tu t’oins et te graisses le corps ; de cet inégal combat, tu sortiras toujours et rougi et pelé ;
• les rochers, sur lesquels tu t’ouvres les pieds, sinon le crâne, ce qui permet au sel d’accomplir ensuite son œuvre néfaste ;
• les animaux, enfin, de toute sorte • même si les requins sont rares, les méduses, les oursins, etc. se vengent allègrement de ton intrusion.

À ces sept plaies viennent toujours s’ajouter au moins sept fléaux culturels :
• les enfants, particulièrement criards sur les plages (ce qui peut évidemment s’expliquer par ce qu’ils y endurent, traînés par leurs parents) ; leur seule consolation est de t’éclabousser ;
• les vieillards, qui, se croyant eux aussi obligés de se dénuder, te donnent, par leur décrépitude, un triste aperçu de ce qui t’attend (la sous-catégorie des vieillardes est la plus décourageante) ;
• les maîtres nageurs sauveteurs et autres culturistes, au contraire, dont les muscles et le bronzage n’ont d’autre ambition que de t’humilier, et y parviennent fort bien ;
• les sportifs, qui s’adonnent à d’improbables jeux de balle ou de ballon, dont la finalité semble de te l’envoyer en pleine poire ;
• les voisins, que l’instinct grégaire pousse à s’agglutiner tout près de toi, pour te faire profiter, hier de leur transistor, aujourd’hui de leur portable ;
• les vendeurs, de cacahuètes, « coco bello », faux vuitton, fausses lacoste, vrais paréos ou de massages asiatiques aux vertus improbables ;
• plus généralement, les propriétaires (?) de ces quelques arpents de sable, qu’ils réussissent à transformer en or, en te louant une chaise longue ou un parasol ou en te vendant une insipide salade de mer au prix des meilleurs palaces et restaurants des Champs Élysées…

Oui, la plage est le pire des châtiments. Heureusement, il est tellement cruel qu’on n’y est jamais condamné à plus de quatre ou cinq semaines. Cette année, je m’en suis tiré avec une peine de trois jours !

 

 

 

 

Viol : l’imprécison du mot

Pour les avoir souvent tenus, notamment lors de l’affaire DSK, je sais que les propos, politiquement incorrects, qui constituent cette llbre-opinion, choquent, indisposent, exaspèrent les femmes. J’aimerais toutefois tenter d’en convaincre quelques-unes : on ne peut pas qualifier d’un seul mot, viol, deux événements totalement différents, l’agression et le malentendu.
L’agression est un crime. Sous toutes ses formes : la tournante (plusieurs hommes abusent d’une femme), la menace (un homme armé, dans un parking ou une entrée d’immeuble), la contrainte (l’agresseur profitant d’une force physique supérieure). Il s’agit la plupart du temps d’un malade qui se sert d’une victime (qu’il ne connaît pas) pour satisfaire ses pulsions sexuelles. Il faut le punir sévèrement- et, si possible le soigner.
Est également un crime impardonnable, semble-t-il plus fréquent, puisqu’il s’installe dans la durée, le viol d’un adulte, souvent un parent, sur un enfant mineur, incapable de se défendre et souvent même de dénoncer son agresseur.
Il faut qu’il soit bien entendu que je n’ai aucune commisération envers ces violeurs, criminels et pervers.
Il n’en va évidemment pas de même de celui qui est accusé de viol lors d’un rapport sexuel avec un autre adulte, qu’il a pu croire consentant – et qui souvent l’a d’ailleurs été avant de se récuser. Il s’agit alors d’un malentendu.
Pourquoi serait-ce la femme – et la femme seulement – qui aurait le droit, dans le jeu amoureux, de fixer ses règles, sa durée, sa finalité ?
Si subtil soit-il, son partenaire, aveuglé par le désir, ne comprend pas toujours à quel moment le « non » ne veut plus dire peut-être. En effet, notre civilisation veut qu’une femme se défende – ou feigne au moins de le faire – avant de se rendre.
Les signaux qu’elle envoie à son partenaire ne sont pas toujours intelligibles ; il peut de bonne foi les prendre pour des encouragements. On sait qu’il existe – ce n’est évidemment pas le cas de toutes les femmes – des aguicheuses, qui s’amusent à frustrer les mâles dont elles ont allumé le désir. Ils peuvent alors parfois profiter de leur vigueur pour accomplir l’acte sexuel qu’on leur refuse. Ils ont évidemment tort – mais peut-on les mettre dans le même sac que les pervers évoqués plus haut ?
En effet, les hommes sont élevés dans le culte de leur virilité, voire de leur performance. On peut comprendre qu’ils répugnent à « atterrir » en douceur, sans avoir accompli ce qu’ils avaient entrepris.
Ces jeux sexuels, qui finissent mal ou qui, le lendemain, déplaisent à l’un des joueurs (en fait, toujours à la joueuse, bien sûr) peuvent difficilement être sanctionnés par la justice. Ils n’ont pas de témoins et, très souvent, c’est la parole de l’un contre celle de l’autre. Les femmes sont-elles moins menteuses que les hommes ?
Il est donc temps de distinguer entre le viol et « l’abus sexuel », qu’on ne saurait punir de la même peine, du moins pour un primo-délinquant. Dans un abus sexuel, il y a deux victimes : celle qui ne s’est pas fait comprendre et celui qui n’a pas compris !

Homme libre, toujours tu haïras la plage !

Aimer la mer, pourquoi pas, d’huile ou déchaînée, mais au grand large !

La plage concentre en effet tous les fléaux imaginables, naturels ou culturels.
On peine à hiérarchiser les fléaux naturels :
• l’eau, glacée (ou inversement si chaude sous les tropiques, qu’elle ne peut pas même rafraîchir) ; opaque ; violente, généreuse en vagues déferlantes et giflantes qui te renversent et qui t’assomment…
• le sel • peut-être le pire, qui enflamme la moindre de tes cicatrices et te colle à la peau ;
• le sable, aussi impossible à éliminer que le sel, malgré les quantités d’eau douce (la bien nommée !) que tu gaspilles pour t’en débarrasser, ce qui contribue à l’assèchement de la planète ;
• le vent, toujours violent sur les rivages, qui t’empêche de lire tranquillement ton journal, et augmente la quantité de sable que tu ingurgites ;
• le soleil, qui t’aveugle et te brûle • ou parfois disparaît te laissant la proie du vent et des éléments déchaînés ; c’est en vain que tu t’oins et te graisses le corps ; de cet inégal combat, tu sortiras toujours et rougi et pelé ;
• les rochers, sur lesquels tu t’ouvres les pieds, sinon le crâne, ce qui permet au sel d’accomplir ensuite son œuvre néfaste ;
• les animaux, enfin, de toute sorte • même si les requins sont rares, les méduses, les oursins, etc. se vengent allègrement de ton intrusion.

À ces sept plaies viennent toujours s’ajouter au moins sept fléaux culturels :
• les enfants, particulièrement criards sur les plages (ce qui peut évidemment s’expliquer par ce qu’ils y endurent, traînés par leurs parents) ; leur seule consolation est de t’éclabousser ;
• les vieillards, qui, se croyant eux aussi obligés de se dénuder, te donnent, par leur décrépitude, un triste aperçu de ce qui t’attend (la sous-catégorie des vieillardes est la plus décourageante) ;
• les maîtres nageurs sauveteurs et autres culturistes, au contraire, dont les muscles et le bronzage n’ont d’autre ambition que de t’humilier, et y parviennent fort bien ;
• les sportifs, qui s’adonnent à d’improbables jeux de balle ou de ballon, dont la finalité semble de te l’envoyer en pleine poire ;
• les voisins, que l’instinct grégaire pousse à s’agglutiner tout près de toi, pour te faire profiter, hier de leur transistor, aujourd’hui de leur portable ;
• les vendeurs, de cacahuètes, « coco bello », faux vuitton, fausses lacoste, vrais paréos ou de massages asiatiques aux vertus improbables ;
• plus généralement, les propriétaires (?) de ces quelques arpents de sable, qu’ils réussissent à transformer en or, en te louant une chaise longue ou un parasol ou en te vendant une insipide salade de mer au prix des meilleurs palaces et restaurants des Champs Élyséen…

Oui, la plage est le pire des châtiments. Heureusement, il est tellement cruel qu’on n’y est jamais condamné à plus de quatre ou cinq semaines. Cette année, je m’en suis tiré avec une peine de trois jours !

Rome, défaite en un jour ?

J’aime Rome à laquelle tant de souvenirs m’attachent. J’avais seize ans, lors de mon premier séjour, en juillet 1959, et l’on m’avait tellement dit que la ville était bruyante et que le jour s’y levait tôt que, la tête longtemps enfouie sous mon oreiller, je n’ai finalement regardé ma montre qu’à 11 heures, alors que j’avais un train pour Sienne en début d’après-midi ! Je  ne vis donc à peu près rien lors de cette visite, éclair et ensoleillée. Je ne l’avouai d’ailleurs pas à mes parents, brodant sur l’enthousiasme qu’avait suscité la Rome antique.

Je fus heureusement invité aux Jeux Olympiques l’année suivante, par l’onorevole (c’est ainsi qu’on appelle ou qu’on appelait les parlementaires) Ivan Matteo Lombardo, cet ami intime de mon père, qui avait longtemps été ministre de l’Industrie et avait négocié et obtenu l’adhésion de l’Italie au Plan Marshall. Il parlait un français impeccable, à cela près qu’il appelait ma Mère « chérie » (une des deux traductions possibles de l’ambivalent caro italien) – mais c’était peut-être un choix conscient, chi lo sa ?

Bref, cette année-là, pendant une quinzaine de jours, j’appris à connaître et à aimer Rome, ses monuments et ses ruelles, ses cris stridents et son silence à l’heure de la sieste, ses habitants affairés et oisifs. Par la suite, je suis retourné le plus souvent possible dans la capitale italienne, favorisé par la proximité de Casa Novina : moins de 200 km par la route ; deux heures de voiture par l’autoroute, ce qui permet même d’y aller pour la journée. J’y ai emmené les femmes de ma vie, Perrine, Dominique, Gisela, et quelques autres de moindre importance.

Je me souviens particulièrement d’un séjour, à Pâques 1980, avec Alexandra, qui avait huit ans. Nous séjournions au Plaza, sur le Corso, et elle était fascinée par les lions monumentaux qui trônaient au bas des marches de l’escalier de marbre. Pour la distraire, j’avais inventé le tennis-curé : quinze points pour chaque soutane ou robe de sœur croisée dans la rue – avec une accélération sensible du rythme de ce jeu lors de notre visite du Vatican.

J’y suis allé aussi passer la journée avec Romain (qui lui doit son nom) et Louise, plus intéressée par les boutiques ; j’ai dormi dans l’hôtel de la Place d’Espagne avec Guy Sorman (pas dans sa suite !) ; j’ai accepté un ou deux voyages de presse sur des thèmes sans grand intérêt, pour le seul plaisir d’y passer une ou deux nuits ; j’ai beaucoup apprécié cet hôtel de l’Aventin, le Sant’Anselmo, un peu excentré, certes, mais si calme, que m’avait fait connaître Ferruccio, mon frère philosophe marxiste, époux de la fille d’un roi du pétrole texan…

Je n’ai donc de Rome que de plaisants souvenirs. C’est pourquoi j’ai accepté d’enthousiasme l’idée de m’y rendre avec mes petits-enfants. Je leur offrais, pour l’anniversaire d’Emma, une nuit d’hôtel dans un établissement certes moins prestigieux que ceux que j’avais fréquentés naguère, mais idéalement placé près de la piazza del Popolo. Je ne regrette pas mon invitation : certes, ils se chamaillent un peu, ne sont pas des modèles d’obéissance, mais ils sont gentils, curieux, intelligents et, surtout, ils ont marché sans rechigner pendant des heures, comme des sapeurs.

Je leur avais effectivement concocté un programme réalisable à pieds : piazza di Spagna, fontana di Trevi, Pantheon, piazza Navone, Campo dei Fiori, puis, le long du Tibre, jusqu’au Colisée et Forum. Puis retour en métro. On a un peu modifié le plan de marche en raison de leur appétit, satisfait dans une sympathique trattoria. Mais ce que je n’avais pas prévu, c’était l’abondance excessive des touristes…

Le touriste, quels que soient son âge et sa nationalité, se déplace en horde. Il est bruyant, criard et ridicule. Il suit, le plus souvent, un cornac qui agite un drapeau ou un parapluie et lui débite des fariboles dans quelque sabir inaudible. Le pire, c’est que le touriste attire automatiquement, inexorablement, l’attrape-touriste : centurion, arlequin, momie aux maquillages extravagants, pour les plus inoffensifs, mais aussi marchands de toute camelote imaginable : yo-yo phosphorescents, bulles de savon, inoubliables souvenirs de la ville, bouteilles d’eau à 3 euros le quart de litre et divers objets non identifiables, le plus souvent proposés par des Indiens las et blasés. Quel dommage que l’on ne puisse pas prendre une assurance-touristes !

Rome n’est plus dans Rome et le Romain non plus ! En août, Rome est Babel et mérite le pire !

Je n’irai plus à Rome, me disais-je en lançant malgré tout ma piécette (par-dessus l’épaule gauche) dans la fontaine de Trevi, assaillie par la foule et les flashs. Comme Capri, c’est fini, je ne crois pas que j’y retournerai un jour…

Et puis, au crépuscule, contrairement au vampire, le touriste semble s’évanouir. Nous dînâmes (médiocrement mais calmement) chez Otello alla Concordia où mes souvenirs abondent. Et puis, le lendemain, je me levai tôt pour une sorte de pèlerinage sur les traces des deux immeubles, l’un via di Ripetta, l’autre au Trastevere où avait vécu Daniel Arasse, qui me manque tant, et où je l’avais rejoint pour quelques séjours. Les rues étaient calmes, presque désertes. La température, fraîche. J’avais retrouvé cette ambiance romaine inimitable, inégalable. Un café à 70 centimes dans un troquet où, d’une table à l’autre, s’invectivaient les habitués fut l’acmé de ces retrouvailles. Deux heures et demi d’une promenade solitaire et magique, qui me permit ensuite d’affronter le Vatican et sa foule démoniaque…

Le séjour se conclut par un déjeuner avec ma sœur Gigliola, 86 ans, en pleine forme, ce qui est plutôt encourageant pour l’avenir. Elle ne tarit pas d’éloges sur Alexandra et Guillaume ni sur mes petits-enfants. Il se peut que l’âge altère sa lucidité… Plaisante apothéose familiale, avant de prendre la route du retour et de retrouver la sérénité de casa Novina.

Certes, le tourisme est un fléau, mais comment douter que la Ville éternelle lui survive ?

 

Bonne chance la France !

Le nouveau Président ne manque pas d’atouts. D’abord, il bénéficie d’une indéniable légitimité : une très forte participation électorale et le meilleur score obtenu depuis le général de Gaulle par un candidat de son camp dans un affrontement droite/gauche. Il n’est pas élu sur un malentendu, comme son prédécesseur le fut contre ses deux adversaires, l’un jugé trop conservateur en 1995 et l‘autre trop peu républicain en 2002.

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Protégé : Bonne chance la France ! (suite)

Il n’y pas d’extrait, car cet article est protégé.

Mes sept joies quotidiennes à Casa Novina

La première, c’est de me réveiller, sans aucun souci de l’heure, et de jeter un œil par ma fenêtre : le cyprès monte la garde. Je sors sur la terrasse et j’embrasse le paysage, toujours fascinant, même dans le brouillard ou sous la pluie.
Quand je rentre en fin de matinée du village – où j’ai fait les courses sans être empoisonné par les embouteillages, les feux rouges ou le stationnement – la deuxième joie, c’est de savoir que je n’ai plus rien à faire de toute la journée que « glander » : télévision, bridge sur ordinateur, réussites, mots croisés, sudoku, échecs : tout ce que je n’ai jamais eu le loisir de faire à Paris.
La troisième, c’est de déjeuner, presque chaque jour, au soleil sur ma terrasse, frugalement, sans que personne me dicte ou m’impose un menu, et en buvant du vin blanc, sans souci des méfaits qu’il risque de provoquer sur mon organisme.
La quatrième, c’est d’aller faire une courte sieste, soit au soleil, si la température le permet, soit sur un fauteuil, bercé par la télévision. J’ai de nouveau un doute à mon réveil – où suis-je ? — mais quel bien être !
La cinquième, c’est d’observer le coucher du soleil, en courant d’Est en Ouest, (pour l’y voir disparaître, majestueux et serein) qu’il irise de teintes inégalables, roses, rouges, pourpre, vermillon et grenat.
La sixième, c’est de siroter mon whisky, au coin du feu que je viens d’allumer, qui miroite et crépite dans ma cheminée colossale, sans que personne compte mes verres.
La septième, c’est d’aller me coucher, à l’heure de mon choix, après avoir jeté un dernier regard de maître de maison sur cet univers paisible et immuable.

Bien sûr, il s’agit là de plaisirs qui se répètent chaque jour à l’identique, mais sans que leur charme s’épuise. D’autres joies peuvent survenir à l’improviste, comme la visite d’un animal sauvage, le coït prolongé de deux papillons ou de deux lézards, ou la forme incongrue d’un nuage…
Les soucis ménagers ne m’atteignent guère. Paris, parfois, me manque, ainsi que ma famille, mes amours, mes amis, mon métier, les spectacles, le cinéma, les cocktails, la foule…
Mais il faut choisir. Je ne regrette pas mon choix.